Allocution de M. l’Ambassadeur à l’occasion de la Cérémonie de Commémoration du 101ème anniversaire de la bataille des Dardanelles (24 avril 2016 à « Çanakkale Şehitler Abidesi ») [tr]

Monsieur le Ministre de la Culture et du Tourisme
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Hauts représentants des nations et peuples qui se sont ici combattus,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs qui êtes venus honorés tous ces soldats disparus,
Chers amis,

Sur la presqu’île où nous nous trouvons ce matin se sont affrontés des soldats venus de 4 continents. Ils sont venus des pays de l’Entente, de leurs colonies et du Commonwealth. Ils sont venus de tout l’Empire ottoman, soutenu par ses alliés. Ils se sont battus farouchement, les uns pour défendre leur terre et les autres pour ouvrir un nouveau front qui aurait pu permettre d’écourter une guerre qui avait déjà ravagé le Nord de la France et la Belgique sur le front Ouest, les territoires de la Pologne ainsi que le Nord Est de la Turquie.

Chacun sait que l’expédition des Dardanelles fut une tragédie humaine. Symbole d’une première victoire pour la future République de Turquie, elle n’a pas atteint son but pour les pays de l’Entente. Mais les erreurs conceptuelles ou stratégiques qui ont pu être commises d’un côté n’entament pas la bravoure et la valeur militaire dont tous les combattants ont fait preuve. Les 25 et 26 avril 1915, ils prirent pied sur le sol turc sous un déluge de feu. Ils s’y accrochèrent pendant 9 mois dans des conditions inhumaines, avant de rembarquer progressivement hommes et matériel, faute d’avancée suffisante, mais sans avoir été rejetés à la mer.

Pour nombre d’entre eux, la guerre s’est arrêtée là. Ils ont perdu la vie dans les coursives d’un navire de guerre, sur une plage au petit matin, au fond d’une tranchée sous les éclats des obus, en montant à l’assaut sous la mitraille, en attendant des soins, blessés au combat ou succombant à des maladies. Mais pour d’autres, la guerre continuera encore plusieurs années sur tous les fronts.

Nous tous qui sommes réunis ce matin, nous voyons bien que la première guerre mondiale a été un tournant pour l’humanité. 65 millions d’hommes et de femmes ont été mobilisés. Environ 10 millions ont perdu la vie et 21 millions ont été blessés.

Nous sommes encore, jusqu’en 2018, dans la période de commémoration de cet événement inédit dans l’histoire de l’humanité. Mais nous savons bien que la guerre ne s’est pas arrêtée en 1918. Le monde a été secoué depuis un siècle par tant d’autres tragédies. La paix demande des efforts partagés et continuels. Elle est difficile à atteindre et toujours fragile à maintenir. Nous le voyons bien encore aujourd’hui dans la région. La fraternité entre les peuples restera toujours un long combat contre la haine, la peur de l’autre et le repli sur soi.

Cette période du centenaire de la Première guerre mondiale est pour nous l’occasion d’encourager la jeunesse à découvrir les mémoires de ce conflit. Les générations actuelles et futures doivent en comprendre les origines et se confronter à ses horreurs. Elles doivent aussi continuer à avancer sur le chemin de la véritable réconciliation.

L’année dernière, ce même 24 avril, nous commémorions le centenaire de la bataille des Dardanelles en présence de très nombreuses délégations invitées par la République de Turquie. Cette étape importante du centenaire est passée et cela fait quelques années déjà qu’il n’y a plus de témoin de cette époque. C’est maintenant à nous d’entretenir cette mémoire. C’est maintenant à nous de comprendre comment de tels événements ont pu se produire. L’expérience vécue au début du XXème siècle constitue une invitation à réfléchir sur le présent et le futur de l’humanité.

Aujourd’hui ce n’est pas une victoire que nous célébrons. Nous commémorons la bataille des Dardanelles. Nous rendons hommage à ces milliers de combattants engloutis par cette sanglante effusion de Gallipoli, que ce soit pour défendre leur terre ou pour une cause qu’ils estimaient juste.

Gallipoli incarne aujourd’hui, plus que jamais, la réconciliation des belligérants d’hier, la fraternité de nos peuples et la détermination de nos pays à lutter ensemble en faveur de la paix. C’est bien là le sens que Mustafa Kemal avait voulu donner à cette cérémonie.

Je vous remercie. Teşekkür ederim. Many thanks.

Dernière modification : 25/04/2016

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