Point de presse conjoint de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de son homologue turc - Propos de M. Ayrault (Ankara, 24 octobre 2016)

Merci de votre accueil Cher Mevlüt, je suis très heureux d’être ici à Ankara.

Je tenais à venir en Turquie pour témoigner à nouveau de la solidarité de la France avec le peuple et les autorités turcs, après la tentative de coup d’État du 15 juillet dernier.

Je me souviens des informations que nous recevions au fur et à mesure venant de Turquie et nous étions très inquiets. Ce fut quelques heures après que la France venait elle-même d’être touchée par un attentat de grande ampleur, à Nice, le jour même de sa fête nationale.

Je voudrais saluer le courage et la détermination du peuple turc qui s’est mobilisé dans les rues du pays pour défendre ses institutions, au prix de nombreuses victimes.
Et puis nous avons été impressionnés par l’unité des forces politiques turques, qu’elles soient de la majorité ou de l’opposition.

C’est pourquoi je me suis rendu ce matin au Parlement turc, qui a été si lourdement touché, pour rendre hommage aux victimes de cette tentative de coup d’État.
Nos deux pays sont confrontés au terrorisme, nous sommes confrontés à la même menace et nous avons à chaque fois su nous montrer solidaires : la tour Eiffel illuminée aux couleurs du drapeau turc après l’attentat de l’aéroport Atatürk ; le pont - devenu depuis le « pont des martyrs du 15 juillet » - illuminé aux couleurs du drapeau français après les attentats de Nice. Tous ces symboles marquent effectivement une forte solidarité entre nos deux pays. Après le traumatisme du peuple turc menacé par le coup d’État, il est important que les institutions retrouvent, dès que possible, un fonctionnement normal et apaisé. Car la démocratie est le meilleur rempart contre ceux qui la mettent en cause et qui ne respectent pas ses valeurs.

Nous en avons parlé avec Mevlut Cavusoglu, nous comprenons la volonté des autorités turques que les auteurs de cette tentative de coup d’État soient poursuivis. Nous ne sous-estimons pas non plus les diverses menaces auxquelles la Turquie doit faire face.

Et la conviction de la France est que nos pays sont plus forts pour faire face aux défis auxquels ils sont confrontés lorsqu’ils respectent les principes et les valeurs qui en sont les fondements : les libertés publiques et individuelles, l’État de droit. La Turquie et la France appartiennent à une même communauté, qui est celle constituée par le Conseil de l’Europe.

Dans ces circonstances, et dans une situation internationale qui a été rarement aussi difficile, le partenariat entre la France et la Turquie prend davantage son sens.

La relation ancienne et profonde que nos pays entretiennent a été renforcée par la mise en place d’un « cadre stratégique de coopération », qui a été établi lors de la visite d’État du président de la République française de janvier 2014 et dont nous tenons justement aujourd’hui la réunion annuelle de suivi.

Nous avons identifié plusieurs domaines prioritaires qui peuvent mettre en œuvre des coopérations dans les domaines économique, des transports, de l’énergie, de la sécurité et de la défense, de la culture, de l’éducation et des coopérations universitaires.
Nos relations sont étroites et constantes.

Nous avons décidé d’ouvrir une nouvelle étape dans les relations franco-turques, avec le lancement des travaux pour une nouvelle « feuille de route » de coopération pour les trois prochaines années (2017-2019).

La lutte contre le terrorisme fait partie bien sûr des priorités de cette feuille de route. Je veux saluer la coopération avec les autorités turques dans le cadre de cette lutte contre Daech qui est essentielle. Grâce à cette coopération, depuis septembre 2014, plus de 150 personnes soupçonnées de vouloir se rendre en Syrie ou d’avoir combattu dans les rangs de Daech ont été interpellées en Turquie et renvoyées en France.

La Turquie est également menacée par une autre organisation terroriste, le PKK, qui mène des attaques meurtrières contre les forces de sécurité turques et qui organise des attentats que la France condamne - et répète cette condamnation à chaque fois que nécessaire - avec la plus grande fermeté. Et la position de la France sur cette organisation est claire et constante : il s’agit d’une organisation terroriste, que nous devons traiter comme telle et que nous traitons comme telle.

La Turquie est un partenaire et un allié dans les crises régionales et sur la scène internationale.

Dans le conflit syrien, nous partageons la même conviction : les bombardements massifs du régime de Bachar al-Assad et de la Russie, notamment sur Alep, doivent cesser. C’est la seule manière de permettre à l’aide humanitaire d’être acheminée vers les populations qui en ont vraiment besoin. C’est la seule manière de rendre possible la reprise des négociations en vue d’une transition politique fondée sur la résolution 2254 du conseil de sécurité des Nations unies. Il n’y aura pas de paix durable en Syrie en dehors d’une solution politique.

La Turquie est directement touchée par cette guerre qui se déroule à ses portes. La Turquie fait preuve d’une solidarité et d’un engagement exceptionnels vis-à-vis des réfugiés syriens. Nous avons pleinement conscience des efforts qu’elle déploie pour améliorer leurs conditions d’accueil sur son sol. C’est la raison pour laquelle je me suis rendu personnellement hier à Gaziantep où j’ai pu visiter un camp de réfugiés.

Avec deux millions cinq cent mille réfugiés syriens, cinq cent mille réfugiés d’autres nationalités, la Turquie est le pays au monde qui accueille le plus de réfugiés.

La coopération entre l’Union européenne et la Turquie pour faire face à ce défi a été nécessaire. Elle a été décidée en mars dernier. Elle commence à porter ses fruits. Les projets sont peu à peu mis en œuvre dans les domaines prioritaires de la santé ou de l’éducation. Il faut poursuivre l’effort.

Nous entendons poursuivre afin de faire face, ensemble, à cette crise historique. Cette coopération entre l’Union européenne et la Turquie s’inscrit dans le cadre plus large des relations entre l’Union européenne et la Turquie. Nous en connaissons, l’un et l’autre, l’importance capitale mais aussi les enjeux. Et nous souhaitons qu’elles puissent se poursuivre et se développer conformément aux engagements pris.

Je n’en ai aucun doute, c’est dans ce cadre, dans cet esprit que nous souhaitons continuer la coopération entre la France et la Turquie et faire face ensemble aux crises sans précédent qui touchent nos pays. Mais en même temps, travailler à la préparation de l’avenir.

Merci./.

Dernière modification : 26/10/2016

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