Remise des insignes de "Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur" à M. Hervé Magro, Consul général de France à Istanbul

Discours de l’Ambassadeur à l’occasion de la remise des insignes de "Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur" à M. Hervé Magro, Consul général de France à Istanbul, 3 décembre 2011

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand plaisir et un honneur pour moi de vous accueillir au Pa lais de France pour cette cérémonie très spéciale. La remise d’une distinction honorifique est toujours un moment particulier pour un Ambassadeur, a fortiori lorsqu’il s’agit de la Légion d’Honneur, le plus prestigieux et le plus ancien de nos Ordres Nationaux, et quand de surcroît le récipiendaire est un ami avec qui je partage la passion de la langue turque et de la Turquie.

C’est aussi une cérémonie spéciale parce que l’entrée dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur est tout sauf anodine pour un Français et pour un diplomate français. Elle vient couronner un parcours exceptionnel, mais aussi témoigne de la confiance que nos pairs ont dans notre avenir au sein de notre appareil diplomatique.

Monsieur le Consul Général, cher Hervé,

Conformément à la tradition, je voudrais maintenant –au risque de faire souffrir ta modestie naturelle- retracer ton remarquable parcours personnel et professionnel.

Né à Ankara où ton père était en poste à la mission militaire de notre Ambassade, tu as vécu, grâce à une seconde affectation de ton père, une partie de ta jeunesse dans cette sublime capitale impériale dont nous connaissons le charme, le dynamisme et malheureusement les embouteillages…

Toujours est-il que certains se souviennent, encore aujourd’hui, du tout jeune Hervé Magro jouant autour de l’Ambassade. C’est à partir de là que tu développes ta parfaite connaissance de la langue turque –dans ton cas, le mot « bilingue » n’est pas usurpé. J’ai pu le constater lors de mon séjour à Trabzon. Cette connaissance sera plus tard sanctionnée par un diplôme du prestigieux Institut national des langues et civilisations orientales – l’INALCO, plus connu encore sous le nom de « Langues O ».

C’est sans doute dans ses premières années en Turquie qu’il faut chercher les origines de ta vocation de diplomate. Et je crois ne pas avoir besoin de préciser avec quelle « langue rare », comme nous disons dans notre jargon, tu as passé avec succès les fameux concours d’Orient du quai d’Orsay ? En 1986 d’abord, il y a vingt-cinq ans, le concours que l’on appelait alors « secrétaire adjoint des affaires étrangères », puis en 1993 celui de « secrétaire », que l’on appelle désormais « conseiller des affaires étrangères ». Depuis, tu représentes la langue turque presque chaque année dans les jurys de ces mêmes concours.

Après deux premières années en administration centrale, qui ont vu ton mariage avec Maria et la naissance de votre fille Marie-Aurélie, c’est presque naturellement que l’Ambassade à Ankara a vu arriver une nouvelle famille Magro. Un retour aux sources pour toi, et un bégaiement de l’histoire, puisque c’est pendant ces trois années en Anatolie que naît votre fils Vincent. Je salue tout particulièrement Marie-Aurélie et Vincent, ainsi que Mme Camille Magro, ta mère, qui ont tous les trois fait le déplacement d’Istanbul pour cette cérémonie.

La vie diplomatique est ainsi faite qu’une fois lancé dans la carrière les postes se succèdent en alternant passages en administration centrale et séjours à l’étranger, comme autant de tranches de vie de deux, trois ou quatre ans. C’est ainsi que même le séjour en Turquie a dû prendre fin, en 1991. Après un retour de trois ans à Paris, dans le département stratégique des ressources humaines, vous avez mis le cap vers Washington, où tu étais en charge dans notre Ambassade du suivi des dossiers relatifs à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Si un jour un chercheur s’intéresse à l’Irak du Nord et aux pourparlers interkurdes, il trouvera une mine assez incroyable de renseignement accumulés par deux jeunes diplomates passionnés, l’un à Washington, Hervé, l’autre à Ankara. Je vous laisse deviner de qui il s’agit.

Après quatre années particulièrement réussies aux Etats-Unis, ce fut ensuite Genève, et un autre aspect de notre métier, la diplomatie multilatérale, au sein de notre représentation permanente auprès de l’Office des Nations Unies. Ton sens des relations humaines et la qualité des contacts que tu as su entretenir dans cette petite Babel qu’est Genève y ont fait merveille. Je voudrais mentionner à cet égard la bataille que tu as menée, avec succès, en faveur d’une résolution qui a relancé la convention sur les disparitions forcées. Je sais que le souvenir de cet épisode t’est cher car il illustre un aspect de notre métier auquel tu tiens : derrière les combats diplomatiques, il y a des résultats tangibles, avec un impact réel pour des milliers de personnes. Je te suis d’autant plus gré d’avoir gagné ce combat qu’il était au cœur des relations franco-japonaises que je suivais pour le Président d’alors.

Nous voilà au début de la dernière décennie. De retour en 2002 dans ce que nous appelons le « Département », tu y occupes les fonctions de chef du département Afrique du Nord et Moyen-Orient au service de la coordination géographique de la direction générale de la coopération internationale et du développement. Ton expérience du Moyen-Orient et la maîtrise que tu as manifestée dans le règlement de dossiers sensibles et souvent complexes ont été récompensées, dès 2003, par une nomination dans l’Ordre National du Mérite.

Peu après cette première belle reconnaissance intervient un autre moment fort de ta carrière, avec le combat victorieux que, avec notre Ambassadeur de l’époque en Iran, tu as mené en faveur de la remise en fonction de l’hôpital de Bam après le tremblement de terre de décembre 2003, qui a coûté la vie à plus de 40.000 personnes, en a blessé 50.000 et a largement détruit la ville. Un beau projet qui témoigne de ta sensibilité pour tout ce qui touche l’être humain et ses tragédies.

En 2004, tu deviens sous-directeur de la gouvernance démocratique dans cette même direction générale de la coopération internationale et du développement, à la tête d’une équipe d’une trentaine de personnes travaillant sur des sujets à la fois extrêmement techniques et très politiques. Tu publies par ailleurs, pendant ces années en administration centrale, plusieurs ouvrages et articles sur les questions de la gouvernance démocratique et de l’aide au développement dont tu es un spécialiste reconnu.

Désireux de relever de nouveaux défis, tu effectues, de 2007 à 2009, un détachement auprès de la société Groupama, en qualité de chargé de mission auprès du directeur général international. Tu contribues largement au succès des projets du groupe en Tunisie mais aussi, ô surprise, en Turquie, où plusieurs missions te permettent de retrouver ce pays si particulier pour toi.

Ces retrouvailles sont complètes en septembre 2009, lorsque tu deviens Consul général à Istanbul. Au cœur du poumon économique, culturel, intellectuel et médiatique de la Turquie, tu mets immédiatement à profit ta parfaite connaissance du pays et de sa langue et déploies l’ensemble de tes talents au service de cette mission impossible – dont tu t’acquittes pourtant parfaitement – qui consiste à assurer une fonction éminemment politique au regard de l’importance croissante d’Istanbul sur la scène internationale et à développer l’influence française dans cette ville-monde, tout en dirigeant l’un de nos plus gros Consulats généraux (100.000 visas délivrés par an).

La circonscription consulaire dont tu es en charge est grande et compte des villes aussi peu négligeables sur le plan économique qu’Izmir et Bursa. Il serait facile de rester dans le confort de Beyoğlu ; tu parviens à assurer une réelle présence d’Edirne à Bodrum, en passant par les multiples facettes de la mégalopole stambouliote. L’ensemble des grands acteurs de la façade occidentale de la Turquie connaissent notre Consul général et savent que sa présence est acquise à chacun de leurs grands événements.

Tu maintiens parallèlement un contact régulier avec la communauté française résidente et de passage. La plupart des Français résidant en Turquie sont basés à Istanbul et c’est dans les aéroports de la ville, en pleine croissance, que transitent par milliers nos compatriotes. L’activité consulaire est parfois un sacerdoce ; combien de fois t’es-tu rendu à l’aéroport Atatürk, de nuit ou au milieu des légendaires embouteillages d’Istanbul, pour accueillir ou accompagner telle ou telle personnalité politique ? Mais tu as également dû faire face à deux crises consulaires, celle de la grippe H1N1 et celle du volcan islandais dont les cendres ont interrompu le trafic aérien en avril 2010 ; dans les deux cas, les crises ont été parfaitement gérées, et ce en lien constant avec l’Ambassade à Ankara. Je salue d’ailleurs la réactivité de tes services ainsi que la mobilisation exceptionnelle des agents du Consulat général.

Etre Ambassadeur à Ankara est d’autant plus un plaisir que l’on sait pouvoir s’appuyer les yeux fermés sur un Consul général à Istanbul tel qu’Hervé Magro. Mon prédécesseur Bernard Emié pensait de même, et nous ne sommes pas les seuls : tes qualités professionnelles et humaines sont unanimement appréciées. Je ne te connais qu’un défaut : être supporter de l’équipe de football de Galatasaray et non de celle de Trabzonspor.

Mais je te reconnais des circonstances atténuantes : il est difficile d’en être autrement pour un Consul général de France à Istanbul.

Pour l’ensemble de ce parcours irréprochable depuis vingt-cinq ans – et loin d’être terminé – et pour la qualité de ton action au service de la France en Turquie, le Président de la République a décidé, deux ans presque jour pour jour après qu’il a signé ton décret de nomination à Istanbul, de t’accorder cette prestigieuse distinction.

Hervé Magro, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 05/07/2012

Haut de page