Un architecte épris d’Ankara : Albert Laprade [tr]

C’est en août 1933 que le Ministère des Affaires étrangères porte son choix sur Albert Laprade pour la construction de l’Ambassade de France à Ankara. Albert Laprade (1883-1978) n’est pas un inconnu : en poste au Maroc entre 1915 et 1919, il a travaillé étroitement avec Henri Prost, pour dresser le plan directeur de Casablanca (Henri Prost travaillera plus tard sur celui d’Istanbul) et est l’architecte de la Résidence générale de Rabat. C’est aussi à Laprade que l’on doit le Palais de la Porte Dorée à Paris, magnifique témoignage de la floraison de l’art déco à Paris au tournant des années vingt et trente, et qui survivra à l’Exposition coloniale de 1931 pour laquelle il a été construit. Les proportions du bâtiment, sa ligne rigoureuse soutenue par de nombreuses colonnes (cf. photographies) l’inspireront très probablement pour les plans de l’Ambassade de France à Ankara.

Entre 1934 et 1937, Albert Laprade viendra régulièrement à Ankara pour prendre le pouls de la ville et du quartier dans lequel sera implanté l’Ambassade et suivre les progrès de sa construction puis l’aménagement du parc (cf. dessins). Il porte sur cette ville nouvelle le regard passionné et conquis de l’architecte et de l’urbaniste. Dans une note écrite sur Ankara (probablement en 1937), il souligne qu’ « Ankara possède des édifices publics tout à fait remarquables et [qu’il] est dommage que certains d’entre eux, qui sont de tout premier ordre ne soient pas mieux connus en Europe ». Il revient enchanté d’une visite à la maison du Gazi, dont il apprécie la sobriété et la modernité des plans.

Laprade et la Maison du Gazi :

« La maison du Gazi est une ouvre de la plus haute valeur. Elle fait l’honneur au grand inspirateur, à l’architecte, aux constructeurs, à la nation turque toute entière. J’ai beaucoup voyagé et je ne connais pas au monde une maison aussi séduisante et aussi parfaite dans l’exécution. Cette maison a l’avantage d’une vue admirable, intérieur entièrement « homely » comme disent les Anglais...et grande modestie dans les façades. On est, en effet, un peu surpris de la volonté de modestie que dénote la maison du Gazi. Cette modestie est le reflet d’un caractère fort et elle répond, sans doute à une idée politique. Evitant volontairement le monumental, elle n’a pas l’apparat et le côté solennel qu’on avait coutume d’imaginer pour l’ambiance des Chefs d’Etat. Cette petite constatation faite, la demeure du Gazi nous a enthousiasmé. Tout y est parfait de goût et d’exécution. (...) Quel bel exemple pour les architectes ou entrepreneurs de Turquie...et ceux des autres pays. Cette maison très moderne a l’air d’avoir fait école. (...). Il serait d’ailleurs à souhaiter que les mauvais architectes soient systématiquement éliminés. Les hommes sont des ingrats et des oublieux. Seules restent les pierres. Il faut qu’elles donnent une haute idée de la grande époque historique vécue par les générations présentes ».

Les projets de Laprade pour le nouveau site de la Grande Assemblée Nationale de Turquie (1937-1938)

Epris d’Ankara et vivement intéressé par les enjeux urbanistiques qui s’y nouaient, Laprade a voulu, au-delà de la construction de l’Ambassade, prolonger sa relation avec la ville et essayer d’y imprimer encore un peu plus sa marque. C’est dans cet esprit qu’il participe au concours lancé le 11 janvier 1937 pour la construction d’un nouveau site pour la Grande Assemblée nationale de Turquie qui doit, prévoit le décret, « répondre aux caractéristiques architecturales du 20e siècle et avoir un caractère monumental ». Trois architectes français y participent sur un total de 14 architectes. Les plans de Laprade sont remis à Mustafa Kemal Ataturk, Ismet Inönü et au Président de la GANT, Kâzim pacha, en octobre 1933. L’associé ankariote de Laprade, J. Aggiman, l’assure, dans une lettre, que ces plans ont fait « très bonne impression ». Le verdict tombe en janvier 1938, trois architectes reçoivent le premier prix ex-aequo : Clement Holzmeister, Albert Laprade et Alois Mezara. C’est finalement le projet de l’architecte autrichien Holzmeister, déjà auteur de nombreux bâtiments à Ankara et ami de Laprade (qui regrettait vivement d’être en compétition avec lui) qui a les faveurs de Mustafa Kemal Atatürk.

Dernière modification : 14/08/2007

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